Si une lame de couteau placée sur la carotide on me contraignait à m’abonner à un journal, version papier, j’opterai pour le Figaro. Son papier (je ne dis pas ses articles) est de bonne qualité et ses pages nombreuses. Pour moi qui suis bricoleur Le Figaro serait un outil pratique : étalées au sol ses pages évitent de tacher le parquet quand on repeint les murs. Utile aussi pour véhiculer le mensonge, bien qu’ici Le Figaro n’ait pas le monopole. Un dernier bobard m’a attiré l’œil. Il sort de la bouche de Kamel Daoud. Un récidiviste.
Dans un entretien qui n’occupe que deux pages, et c’est bien dommage de restreindre un tel génie qui méritait plus, au détour des lignes il nous dit plaintif :« Alger peut déposer plainte contre Kamel Daoud en France ; la France ne peut même pas envoyer un avocat à Alger » . Notons que cet auteur à de la hauteur, il parle de lui à la troisième personne. Ainsi selon l’écrivain ciblé par une assignation judiciaire en France, c’est « Alger », donc le « régime » qui le pourchasse. Et pas une virgule, un clin d’œil consacré à celle qui le poursuit pour de vrai jusqu’aux rives de la Seine. Cette femme-plaignante existe pourtant, elle s’appelle Saâda Arbane, une suppliciée de la barbarie islamiste des années noires en Algérie. Confortée par de nombreux témoins, la miraculée estime que Daoud a pillé l’histoire de sa vie afin d’écrire un roman goncourisé.
Eclairons le lecteur auquel ont échappé les épisodes du feuilleton de ce Goncourt de circonstance. Rappelons que la femme de Daoud était, naguère à l’hôpital d’Oran, la psychiatre de la rescapée Saâda Arbane. Et Daoud est aujourd’hui accusé de tenir de sa femme les détails d’une vie dont il aurait fait un roman. Le hasard fait parfois nécessité.
S’estimant violée dans son intime, dans sa douleur et son histoire, dans son syndrome post-traumatique, la jeune femme a déposé deux…
Auteur: Jacques-Marie BOURGET

