Ken Loach : « Le désespoir nourrit l’extrême droite »

Depuis le début des années 1970, Ken Loach porte un regard critique sur le monde tel qu’il va mal. Dès Kes (1969) ou Family Life (1971), deux de ses grands films des débuts, son naturalisme n’est pas un misérabilisme mais une façon de se situer à hauteur de prolétaires. Que ce soit dans la comédie dramatique (Raining Stones), l’évocation historique (Le vent se lève) ou le mélodrame social (Ladybird), le cinéaste a fait des gens du peuple ses héros et héroïnes.

The Old Oak est-il un mélodrame politique ?

En anglais, le mot « mélodrame » a une connotation négative. Il suggère des émotions faussées et très exagérées. Donc j’espère que vous ne l’utilisez pas dans ce sens-là. Nous avons essayé de raconter une histoire qui soit réaliste, qui dépeigne le vécu des populations du nord-est de l’Angleterre, ancienne région d’industrie minière, et montre les interactions entre les Syriens qui fuient la guerre [l’action du film se déroule en 2016, NDLR] et les habitants de ces localités déshéritées. Les réactions que suscite l’arrivée des Syriens sont de deux types opposés, que nous avons voulu rendre de façon nuancée. Il y a ceux qui ne comprennent pas pourquoi on donne aux Syriens alors qu’eux n’ont rien, ce qui génère beaucoup de colère et de frustration. Et ceux qui ont gardé en eux les idéaux de solidarité et d’amitié issus de la culture syndicaliste minière.

Je faisais référence au genre mélodramatique dans lequel se sont illustrés Douglas Sirk, Rainer Werner Fassbinder ou Jacques Demy, qui met au premier plan l’expression des sentiments, où la peine et la tristesse sont très présentes, mais aussi des préoccupations sociales ou politiques.

Oui, il y a beaucoup de tristesse parce qu’il y a beaucoup de tragédies dans la vie de ces Syriens. C’était d’ailleurs une de nos difficultés dans la construction du film, parce que…

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Auteur: Christophe Kantcheff

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