Poitiers (Vienne), reportage
Les mains qui ouvrent la porte de l’appartement-atelier sont tachées de peinture bleue. Elles ont l’habitude des pigments et des aiguilles, qu’elles manipulent à longueur de journée. Tess, alias Pepper, pratique le drag à Poitiers depuis cinq ans. Ici, une chambre sert de débarras, l’autre d’atelier, et tout rappelle son goût pour la récup’ : les étagères, fixées au mur grâce à des ceintures de judo ; le meuble de rangement, repeint façon damier ; les costumes de scène, confectionnés à partir de tuyaux, tapis de voiture et vêtements de friperie.
L’artiste maîtrise en effet l’upcycling (recyclage) comme personne. C’est d’ailleurs ainsi que Pepper, membre de La Coloc drag, un collectif poitevin de dix artistes, définit son univers : « Kitsch, rock et bidouille. » Passée par le théâtre, Tess a découvert le drag pendant le confinement de 2020, en regardant « RuPaul’s Drag Race ». Cette émission de téléréalité étasunienne, née en 2009 et déclinée pour la première fois en France en 2022, met en compétition plusieurs artistes drag, en majorité des drag queens, dans des épreuves de danse, de mode ou encore de playback.
« Je m’amusais à me couper les cheveux et à me les mettre sur le visage », raconte l’artiste, qui a débuté en tant que drag king, explorant et détournant les codes de la masculinité.
L’art de la bidouille
Aujourd’hui âgée de trente ans, Pepper exhibe ses costumes entièrement faits maison lors des événements organisés par La Coloc drag : after work, spectacles dans des bars ou encore soirées techno. « J’ai toujours eu l’habitude de récupérer des trucs : les fringues de mes grands frères ou de mes grands-parents quand j’étais ado par exemple. Je me suis mis à découper dedans, à ajouter, à enlever », explique l’artiste.
Sa tenue préférée ? Une robe patchwork en jean, ornée de morceaux de…
Auteur: Mariam Sahraoui, Noémie Pinganaud

