L’appeler crédit ? Il ne fallait plus l’appeler comme ça. Le mot était pénible, trop daté, trop associé au découvert, aux dossiers qui s’empile sur un coin de bureau, aux relances et aux échéances écrites en rouge. Alors le marché a trouvé mieux : une gestuelle. Un clic. Une option qui surgit à la dernière seconde, quelque part entre l’adresse de livraison et la validation du panier.
« Payer en trois fois. » « Payer en quatre fois. » « Sans frais. »
Klarna, PayPal, Alma, Scalapay…: derrière ces noms, le même principe. L’acheteur choisit un produit, paie une première partie immédiatement, puis règle le reste en plusieurs échéances. Le vendeur, lui, est payé de suite par l’intermédiaire financier. Ce n’est pas un rabais, ni une promotion : c’est une avance. Un crédit court, parfois gratuit en apparence, qui a trouvé sa place au milieu de nos achats du quotidien.
Le génie de cette industrie n’est pas seulement d’avoir fluidifié un service financier. Il est d’avoir déplacé le moment psychologique où l’on consent à la dette. La dette qui progresse aujourd’hui n’est pas toujours spectaculaire. Ce n’est pas nécessairement celle des crédits automobiles, des prêts renouvelables ou des dossiers de surendettement qui ont longtemps incarné l’endettement dans l’imaginaire collectif. C’est une dette moléculaire : disséminée dans des achats ordinaires, assez faible pour rester socialement acceptable, assez fragmentée pour se faire oublier, assez fréquente pour remodeler les habitudes. Un téléphone à 1000 euros n’est plus qu’un prélèvement de 250 euros, puis trois autres. Une paire de basket à 160 euros devient quatre fois 40 euros. Un billet de train, un ordinateur, un meuble, un lave-linge, un cadeau d’anniversaire : le prix ne disparaît pas. Il est simplement déplacé. Il sort du panier, puis revient, mois après mois, au moment où le salaire est versé. Un rappel…
Auteur: Amina Kalache
