La biopolitique révolutionnaire de Fanon. Un extrait du livre de Mathieu Renault

A l’occasion du centenaire de la naissance de Frantz Fanon, les éditions Amsterdam rééditent en format poche le livre que Matthieu Renault lui a consacré, intitulé Frantz Fanon : de l’anticolonialisme à la critique postcoloniale. L’extrait que nous reprenons analyse l’ancrage de la politique révolutionnaire anticoloniale dans la lutte vitale des colonisé-e-s pour l’existence.


Des mutations de l’animal politique

La médiation royale. Spontanéité et organisation

Arendt considère comme dangereux chez Fanon ce qu’elle appelle une « justification biologique de la violence ». Elle pose qu’il ne saurait y avoir de conversion de la lutte (animale) pour la vie en lutte politique, de la révolte biologique en révolution politique. À la thèse fanonienne/sartrienne selon laquelle la violence (naturelle) « est l’homme lui-même se recomposant », Arendt oppose la formation (marxienne) de l’homme par la médiation du travail en tant que « transformation de la nature », c’est-à-dire en tant que non-naturel. Mais Fanon s’était précisément attaché à défaire le couple binaire violence/travail (« nature/culture ») que répète Arendt : « Pour le colonisé, la violence représente la praxis absolue. » Elle est travail, son « seul travail » : « travailler, c’est travailler à la mort du colon ». C’est dire que la violence joue un rôle formateur : elle est, écrit Fanon, médiation royale. D’immédiate (contre-violence), elle se médie, opère elle-même le passage de l’antidialectique coloniale, où toute médiation est interdite, à la dialectique décoloniale. Si, pour Arendt, la violence signe irrémédiablement la fin du politique, Fanon pense quant à lui une violence fondatrice d’une communauté, une violence comme commencement du politique. Parvenue à son paroxysme, la violence s’abolit, engendre la fin de l’état (colonial) de nature. C’est au…

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Auteur: redaction

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