Depuis samedi, je vois défiler les images de mes enseignants. Je les ai tous en mémoire. De ma première année de maternelle jusqu’à la terminale. Je me souviens de tout. De leurs visages. De leur voix. De leurs colères. De leurs rires. De leurs injustices parfois – ressenties ou bien réelles. J’ai aimé les détester, souvent. Mais j’ai conscience aujourd’hui de leur devoir une grande partie de ce que je suis. De ce que nous sommes, collectivement. L’école publique, les professeurs et plus généralement l’ensemble de la communauté éducative, à qui l’on demande – souvent – trop sont notre bien commun le plus précieux. « À Arras, une nouvelle fois, c’est l’école que les terroristes ont voulu attaquer », a lancé la Première ministre, Élisabeth Borne. C’est juste. Notre école publique et sa vocation émancipatrice sont dans le viseur des terroristes. De même que notre culture, nos terrasses et nos arts étaient la cible des terroristes du 13 Novembre.
À celui de Samuel Paty, décapité il y a trois ans pour avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves, s’ajoute désormais le visage de Dominique Bernard. Cet enseignant de français « était ce genre de professeur qui marque les élèves », selon l’un de ses collègues qui s’est confié à L’Humanité. C’est peu dire qu’après son assassinat il marquera à son tour un pays tout entier. Comment qualifier ce qu’il s’est passé le 13 octobre, à Arras ? C’est inqualifiable. Inimaginable. Barbare. L’émotion est nationale. Et tout le monde s’interroge. Comment est-ce possible ? Comment cet ancien élève de la cité scolaire Gambetta-Carnot d’Arras a-t-il pu en arriver là ? Quelle est notre part de responsabilité ?
Parmi les accusateurs, nombreux sont ceux à avoir déjà dirigé le pays. Ils ont même gouverné en vendant des armes à des États qui financent le terrorisme….
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Auteur: Pierre Jacquemain

