Le 19 avril 2026, à Espaly-Saint-Marcel, dans le quartier populaire de l’Arbousset, des enfants jouent au football au pied des immeubles. Ils ont, selon les éléments rapportés par la presse, entre six et onze ans. Un homme âgé de soixante-cinq ans est mis en cause après avoir fait usage d’une carabine à plomb à proximité d’eux. Sylvain George ne se contente pas ici de revenir sur ce fait divers particulièrement violent, il analyse et interroge ce que cela révèle d’un moment politique plus large : la manière dont le racisme rend certains enfants chassables, puis oblige les victimes et leurs proches à lutter pour que la violence soit reconnue dans sa dimension raciale.
Une scène, deux opérations
Plusieurs témoignages évoquent une poursuite, un tir, des enfants effrayés, un projectile qu’un garçon de dix ans dit avoir senti passer près de lui, ainsi que des injures visant les Noirs et les Arabes. Le mis en cause, de son côté, soutient une autre version, parle d’un tir en l’air ou d’un accident, et la procédure judiciaire retient d’abord des faits de violences avec arme. Quelques jours plus tard, une enquête distincte est ouverte pour injures publiques à caractère raciste, après des signalements associatifs, des témoignages, la circulation d’une vidéo où l’homme revendique sa fierté d’être raciste, et la contestation du père d’un enfant, qui affirme que les propos racistes signalés dès le dépôt de plainte n’auraient pas été transcrits dans leur pleine dimension.
Cette dernière précision est cruciale, et il nous faut sans doute commencer par elle, non pour suspendre indéfiniment la pensée dans la prudence judiciaire, mais pour empêcher que cette prudence, nécessaire à l’établissement des faits, ne se retourne en neutralisation politique de la scène, ne vienne désarmer celle-ci. Distinguer ce qui est établi, ce qui est rapporté, ce qui est contesté, ce qui relève encore de…
Auteur: dev

