Deux millénaires et demi nous séparent depuis la ciguë qu’Athènes fit boire à Socrate jusqu’à la glace (l’ICE en américain, bien sûr) de Minneapolis. La cruauté n’a jamais quitté la démocratie. La démocratie a toujours produit des fascistes, mais cette caractérisation de « fascistes » est presque erronée, ou en tout cas insuffisante. Elle pèche par manque de lucidité ou par excès d’intellectualisme, ou peut-être parce que nous tentons de conceptualiser un présent qui nous fait trop mal afin d’éviter de nous le prendre en pleine gueule. Nous en souffrons tellement que nous nous autoréduisons à l’impuissance, donc à la non-culpabilité. Nous devrions plutôt enfin comprendre que la démocratie a produit, outre nombre d’humains humanistes, parfois connus mais la plupart du temps inconnus, une masse incommensurable d’imbéciles. Imbéciles avant même d’être fascistes, et fascistes parce qu’imbéciles dès avant. Imbécile s’entend ici comme « individu totalement, viscéralement – au sens fort, dans ses viscères mêmes – soumis à l’Autorité ».
Le 9 mars 1793, Georges Danton s’écrie : « Soyons terrible pour dispenser le peuple de l’être ! » Et le Tribunal révolutionnaire est créé dès le lendemain, placé sous la responsabilité d’un véritable terroriste en chef, Fouquier-Tinville, qui enverra quelques mois plus tard Danton à la guillotine.
Deux mille trois cents ans plus tôt, Socrate acceptait de boire la ciguë. La représentation que nous nous faisons de cette scène, que ce soit à travers les écrits de Platon ou le fameux tableau de David, La Mort de Socrate, éclaire les sentiments contradictoires qui ont dû s’emparer alors de ses disciples. De la haine du tribunal d’Athènes à l’amour du Maître, en passant par l’affliction ou peut-être l’indifférence au sort terrestre, un fil rouge est là : l’Autorité. Qu’on la reconnaisse ou qu’on l’abhorre, elle est là. Toujours là.
Danton l’accepte comme une…
Auteur: dev

