La « cocaïne des mers » : dans les rouages du trafic de vessies de poissons

Georgetown (Guyana), reportage

Comme tous les jours, le marché aux poissons anime le quartier populaire de Meadow Bank, dans le sud de Georgetown, la capitale du Guyana, qui s’étale entre la large Demerara River et l’océan Atlantique. Les chalands profitent de la fraîcheur matinale pour faire leurs provisions de machoirans, d’acoupas et autres requins tout juste pêchés. Entre les étals, on déplore l’inflation galopante liée au boom pétrolier et on s’inquiète de la raréfaction du poisson, une denrée incontournable dans ce petit pays amazonien du plateau des Guyanes.

Quelques dizaines de mètres plus loin, à l’arrière du marché et de ses banalités, les docks sont plongés dans une tout autre ambiance. À l’écart des marins qui démêlent leurs filets et rafistolent les gouvernails de leurs tapouilles vieillissantes, quatre jeunes pêcheurs agglutinés autour d’une table trient minutieusement un tas de membranes flasques, couleur chair. À leur côté, un jeune homme patiente et soupèse par moment la marchandise, le visage fermé.

Ces espèces de ballons dégonflés à la texture douteuse sont des vessies natatoires d’acoupa, l’organe qui permet aux poissons de se maintenir à flot. Peu ragoûtantes et insipides d’après ceux qui en ont goûté, elles sont très rarement consommées et n’ont guère d’intérêt industriel. Une fois séchées ou réduites en poudre, le kilo s’échange pourtant entre 1 000 et 1 500 euros sur les marchés d’Asie du Sud-Est, soit des centaines de fois le prix du poisson d’où provient cet organe.

Quatre trésors des mers

« Avec les concombres des mers, les ailerons de requins et les haliotis — les “truffes des mers” —, les vessies natatoires forment l’un des quatre trésors de la cuisine de la mer et de la médecine traditionnelle chinoise. On leur prête de nombreuses vertus et c’est un signe de richesse important d’en posséder », explique Siyu…

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Auteur: Enzo Dubesset