Le coup d’envoi sera donné jeudi 11 juin. Quarante-huit équipes, trois pays hôtes — Canada, États-Unis, Mexique —, des milliers de kilomètres d’avion entre les sites de compétition, un partenariat de la Fifa avec Aramco, géant pétrolier saoudien, et des profits qui s’annoncent records.
La Coupe du monde 2026 est un cas d’école : avec le Mondial au Qatar en 2022 et ses 6 500 travailleurs migrants morts sur les chantiers, jamais une compétition sportive n’aura autant symbolisé l’insoutenabilité structurelle du sport-spectacle. Ce qu’elle reflète, c’est ce que le football professionnel est devenu en trente ans : une industrie indifférente à la planète qui la supporte.
La révolution libérale, ou comment le foot a été capturé
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter aux années 1990. C’est ce que fait Jérôme Latta dans Ce que le football est devenu — Trois décennies de révolution libérale (Divergences, 2023). Cofondateur des Cahiers du football et chroniqueur au Monde, Jérôme Latta y décrit une « révolution libérale qui a empoisonné le football en le rendant mortellement séduisant » : l’explosion des droits télévisés, qui a reconfiguré les compétitions et leurs calendriers non plus pour le public mais pour les diffuseurs ; la libéralisation du marché des joueurs, réduits à des « actifs spéculatifs » ; la concentration des ressources dans une poignée de clubs, formant une oligarchie dont la puissance financière détermine désormais les résultats sportifs. Les stades sont devenus des « centres de profit », les spectateurs des « consommateurs ».
Une douce chimère que d’espérer changer tout ça ? « Céder au fatalisme, ce serait l’assurance que rien ne change, répond Latta. D’un programme de réformes réalistes à une révolution, tout reste imaginable. »
Un autre football n’a jamais cessé d’exister
Ce que…
Auteur: Alexandre-Reza Kokabi

