La critique de la société implique une critique du langage

La philosophie Juliette Farjat vient de publier aux Éditions sociales un livre intitulé Le langage de la vie réelle. Dans cet ouvrage, elle plaide notamment pour que la pensée critique prenne davantage en compte la question des pratiques langagières, que ce soit pour analyser les mécanismes qui assurent la domination sociale, ou pour imaginer des processus et des moyens de libération, ce qui suppose aussi une libération du langage. Nous vous en proposons un extrait ici.

En 2019, lors du procès France Télécom, les dirigeants de cette entreprise sont jugés pour « harcèlement moral institutionnel », leur politique de réduction du personnel ayant conduit dix-neuf salariés au suicide, douze autres à des tentatives de suicide, et d’autres encore à des formes de dépressions sévères entre 2006 et 2010. Dans son livre Personne ne sort les fusils,qu’elle a écrit après avoir assisté au procès, Sandra Lucbert s’étonne de ce que, au-delà de l’horreur des faits eux-mêmes, le tribunal semble être « intérieur à ce qu’il juge[1] » : l’institution judiciaire ne lui paraît pas avoir la position d’extériorité qu’elle serait censée avoir à l’égard de la situation conflictuelle. S’il en est ainsi, c’est selon elle parce qu’on y parle une langue déjà acquise aux prévenus et au monde qu’ils représentent, le monde capitaliste « néolibéral » au sein duquel la « valorisation financière du capital » se fait « au détriment des vies humaines[2] ». Sandra Lucbert commence alors son texte par la description d’un autre procès, celui de Nuremberg, dont le déroulement révélerait en négatif ce que n’a pas été le procès France Télécom. À Nuremberg, en effet, les accusés étaient entendus et jugés depuis un « autre ordre sociopolitique, un autre système de valeurs » : celui du bloc allié américain qui entendait « que la condamnation soit sans…

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Auteur: redaction

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