Simon Verdun propose dans ce texte une lecture critique serrée de l’ouvrage d’Ulysse Lojkine, Le fil invisible du capital (éditions La Découverte) dont Contretemps a déjà publié un extrait. Il soutient notamment que la théorie marxiste de la valeur est nécessaire à la fois pour analyser d’une manière conséquente l’exploitation et pour lutter politiquement contre elle.
Ulysse Lojkine, Le fil invisible du capital. Déchiffrer les mécanismes de l’exploitation, Paris, La Découverte, 2025, 256 pages.
Introduction
En avril 2025, l’économiste et philosophe Ulysse Lojkine a publié aux éditions La Découverte son livre Le Fil invisible du capital. Déchiffrer les mécanismes de l’exploitation, issu de son travail de thèse. Sans méconnaître les mérites indéniables de l’ouvrage – qui s’appuie sur une littérature économique et philosophique impressionnante, enrichie de références juridiques et d’actualité, et qui dresse un tableau saisissant de l’exploitation capitaliste à l’échelle mondiale –, notre article se concentrera sur quelques critiques touchant au cœur du projet de l’auteur : l’ambition de Lojkine d’élaborer une théorie de l’exploitation affranchie de la théorie de la valeur de Marx. C’est donc la question de la fidélité – ou non – à la théorie économique de Marx qui est ici en jeu, d’autant que Lojkine présente lui-même son approche comme une possible amélioration de celle établie par l’auteur du Capital :
« … en répondant aux objections [adressées à la théorie de Marx], on les absorbe aussi ; ce qui ne tue pas rend plus fort, et en même temps que la théorie de Marx est défendue, elle est insensiblement transformée. » (Ulysse Lojkine, Le Fil invisible du capital, La Découverte, Paris, 2025, p. 26).
Il nous semble au contraire que cette transformation est loin d’être aussi insensible que ce qui est annoncé. Car dans son…
Auteur: redaction

