La prise de la forteresse de Beaufort par l’armée israélienne réveille deux fois l’histoire. Celle, lointaine, des croisades, et celle, beaucoup plus récente, de la première occupation israélienne au Liban, de 1982 à 2000. En hissant leur drapeau au sommet de ce château édifié au XIIe siècle par les croisés, les Israéliens semblent livrer une bataille d’un autre âge, quand la conquête d’un pic rocheux assurait aux conquérants une position inexpugnable. C’était avant les drones. Mais que nous dit aujourd’hui ce drapeau ? Officiellement, l’armée de Netanyahou traque le Hezbollah libanais. Et il n’y a pas de raisons de douter de la réalité de cet objectif quand les nuits des habitants du nord d’Israël sont toujours perturbées par les roquettes de la milice chiite.
La chasse au Hezbollah fait prétexte à une invasion du Liban que le gouvernement israélien voudrait sans doute définitive.
Mais il y a un autre message. C’est l’éternelle ambiguïté des guerres israéliennes. Derrière un objectif officiel, le pays mène toujours une guerre de conquête. Comme la tentative d’éradication du Hamas se révèle être une entreprise de reconquête de Gaza, la chasse au Hezbollah fait prétexte à une invasion du Liban que le gouvernement israélien voudrait sans doute définitive. Cela, c’est le non-dit absolu qui masque un projet colonial historique. N’oublions jamais la Bible dans le dessein sioniste. Dieu avait promis à Abraham un vaste territoire qui allait du « torrent » (le Nil) au « fleuve » (l’Euphrate), et qui embrasserait le Liban, la Syrie et l’Irak actuels. Israël mène au Liban une croisade.
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La conquête du château de Beaufort, qui a jadis…
Auteur: Denis Sieffert

