Le départ a été donné le 28 octobre à Ouarzazate, et l’arrivée est prévue mi-janvier au Cap, 14 000 kilomètres plus loin, pour les quatre pilotes engagés dans la Croisière Verte, une aventure à la fois humaine, technique… et hautement géopolitique.
En apprenant que Citroën va tenter, cent ans après la célèbre Croisière Noire, d’entreprendre une nouvelle traversée de l’Afrique en voiture, on remarque d’abord que l’adjectif qualificatif a changé. En effet, bien que l’académicien Maurice Genevoix soit entré au Panthéon en 2020, sa vision du continent africain (Afrique blanche, Afrique noire, Flammarion 1949) n’est plus retenue. Les organisateurs ont d’ailleurs facilement contourné le débat grâce à la tendance nouvelle du greenwashing. Ce sera donc une Croisière Verte, effectuée exclusivement en véhicules électriques.
Quel itinéraire « sécurisé » ?
La première question qui vient à l’esprit est celle de l’itinéraire. Car depuis l’annulation du Paris-Dakar en 2008 et son exil sur d’autres continents, il semblait clair qu’une telle entreprise présentait des risques sécuritaires sérieux.
On déploie donc les cartes et l’on découvre un parcours 2024 qui non seulement n’a rien à voir avec celui de 1924 mais semble suivre frileusement une sorte de cabotage terrestre.
Quand on consulte la carte historique de la Croisière Noire, on comprend pourquoi : les pays traversés à l’époque sont presque tous en guerre.

On note que certaines escales ont changé de nom : Colomb-Béchar a abandonné le patronyme du général Colomb et n’a conservé que « Béchar », qui signifie « bonne nouvelle » en arabe ;…
Auteur: Christian Bouquet, Chercheur au LAM (Sciences-Po Bordeaux), professeur émérite de géographie politique, Université Bordeaux Montaigne

