La culture engagée victime du passe sanitaire

Ce devait être un événement clé de la lutte contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo. À Ménil-sur-Saulx, dans la Meuse, tout était prêt pour accueillir la troisième édition du festival des Bure’lesques du 6 au 8 août. Des dizaines de musiciens, conférenciers, comédiens et réalisateurs avaient répondu présent. Un paysan avait accepté de mettre sa prairie à la disposition des festivaliers. La signalétique avait été peinte à la main par des bénévoles. Entre les performances de funambules, les concerts de rock psychédélique, les projections de documentaires sur Fukushima et les débats sur les conséquences du projet Cigéo sur l’eau, le week-end promettait d’être animé. Il ne restait qu’à planter les chapiteaux chamarrés où devaient se tenir les spectacles et conférences.

L’organisation de cette fête a été bousculée lundi 12 juillet par les annonces d’Emmanuel Macron. Dans un contexte de reprise de l’épidémie de Covid-19, le président a annoncé l’extension du passe sanitaire aux lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes à compter du 21 juillet. Jusqu’alors, il n’était exigé que dans les lieux accueillant plus de 1 000 individus. « On a été pris de court », relate Corinne François, membre du comité d’organisation des Bure’lesques. Toute l’équipe s’était organisée afin que le festival puisse avoir lieu dans le respect des règles sanitaires. Tout changer en moins d’un mois lui semblait inenvisageable. À contrecœur, décision a été prise d’annuler l’édition 2021.

Le festival des Bure’lesques n’est qu’un exemple parmi des dizaines d’autres. Dans la Creuse, en Meurthe-et-Moselle, en Alsace ou en Bretagne, de nombreux concerts et festivals ont été reportés suite aux annonces de Macron.

100 000 ans de la Cie Velum, lors de l’édition 2019 des Bure’lesques. © Equipe Automédia Bure’lesques

« Pas habilités à le faire »

Parmi ceux ayant choisi l’annulation, on compte des artistes impliqués dans la lutte contre les inégalités sociales ou la destruction de l’environnement. La rappeuse Keny Arkana a par exemple annoncé dans Ouest France qu’elle ne se produirait pas dans les pays où le passe sanitaire est en vigueur. Le groupe HK et Les Saltimbanks, qui avait notamment réalisé avec Greenpeace un clip dénonçant la surexploitation des ressources naturelles, a également annulé la majorité de sa tournée estivale. Le groupe lillois s’oppose depuis plusieurs mois aux restrictions…

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Auteur: Hortense Chauvin Reporterre

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