En dépit des accords de cessez-le-feu conclus avec le Liban et à Gaza, et des discussions en cours avec la Syrie sur les contours d’un accord de sécurité, Israël poursuit une politique dite de « défense avancée » qui fait peu de cas de la souveraineté de ses voisins. Au nom de l’impératif de la sanctuarisation de son territoire, Tel-Aviv continue de redéfinir les frontières, d’étendre sa profondeur stratégique et d’asseoir son contrôle sur son voisinage. Cette politique se heurte toutefois de plus en plus aux intérêts de puissances régionales, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite.
Depuis deux ans, l’accumulation de succès tactiques conduit Tel-Aviv à opter pour une politique impériale qui se poursuit en dépit des différents processus de négociations en cours. Au Liban, à Gaza, en Syrie, cette politique ne va pas sans susciter de tensions avec les grands acteurs de la région.
Détruire le Hezbollah… ou détruire le Liban ?
Au Liban, la guerre d’attrition visant à détruire les capacités militaires du Hezbollah – organisation libanaise alliée de l’Iran – et à décapiter sa chaîne de commandement a abouti à l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024.
Le dossier libanais est perçu par Israël comme le point de départ de la stratégie de restructuration du Moyen-Orient. Bien que le texte de l’accord ne prévoie que la cessation des hostilités et le retrait des forces militaires du Hezbollah et de ses armes du sud de la rivière Litani en échange d’un retrait israélien des cinq positions stratégiques qu’il occupe au Sud-Liban, la lettre complémentaire (side letter) adressée par Washington à Tel-Aviv donne un blanc-seing à la partie israélienne pour « répondre aux menaces » et « agir à tout moment contre les violations commises dans le sud du Liban ». En d’autres termes, les garanties offertes par les États-Unis permettent à Israël de mener des actions militaires…
Auteur: Lina Kennouche, Chercheuse associée au CREAT, Université de Lorraine

