Selon l’enquête annuelle du Cevipof (Sciences Po) et de l’institut Opinion Way, la confiance de la population dans son personnel politique et dans les institutions se dégrade fortement, et l’option « illibérale » semble gagner du terrain avec 73 % des Français qui demandent « un vrai chef pour remettre de l’ordre ». Le politiste Bruno Cautrès analyse ces phénomènes et plaide pour une remise à plat de nos institutions. Entretien.
Comme chaque année, le Centre d’études sur la vie politique française (Cevipof) propose un baromètre de la confiance politique. Avez-vous été surpris par les résultats de 2025 ?
Bruno Cautrès : Oui, nous avons été particulièrement surpris, après 16 ans d’enquête annuelle. Il s’agit d’un avertissement très sérieux sur l’état de notre démocratie. Nous ne nous attendions pas à arriver, cette année, à un tel niveau de défiance envers la politique et les institutions. Celle-ci est aussi forte que lors de la crise des gilets jaunes. Seuls 26 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique, contre 47 % en Allemagne et 39 % en Italie. C’est un véritable effondrement.
Concernant la confiance dans les acteurs de la politique, on constate que 79 % des sentiments sont négatifs, et 16 % des Français ont confiance dans les partis. La confiance dans l’Assemblée nationale est à son niveau le plus bas, atteignant péniblement 24 %. Le président de la République souffre d’un niveau de confiance qui ne cesse de plonger. Quant au premier ministre, son action est déjà dépréciée avec une côte de 27 %. Il ne dispose d’aucun état de grâce. Un tiers seulement des personnes interrogées nous disent que le gouvernement et que François Bayrou sont légitimes ! Le personnel politique est perçu comme enfermé dans sa bulle, incapable de comprendre le pays et de régler…
Auteur: Bruno Cautrès, Chercheur en sciences politiques, Sciences Po

