Sommes-nous encore en démocratie ? Contre les esprits chagrins ou suspicieux, on pourrait se contenter de répondre que le seul fait de pouvoir poser la question atteste que nous y sommes toujours. N’est-ce pas le propre d’une démocratie que d’être inachevée et de douter de son accomplissement ?
Tout porte à croire que le droit de s’interroger publiquement sur la réalité de la démocratie est un privilège de démocrates. Seuls les partisans du « toujours plus » (toujours plus de droits, d’égalité, de liberté d’expression) douteraient de la démocratie à l’heure, pas si fréquente dans l’histoire, où ce mot est brandi comme un principe positif par l’ensemble du spectre politique.
Démocraties illibérales
Quelque chose se passe pourtant depuis quelques décennies qui, en dépit des promesses de l’après-1989 sur l’alliance naturelle entre démocratie et capitalisme, nourrit le doute. Du sein de la science politique sont apparus des concepts qui cherchent à nommer cette inquiétude. Les démocraties contemporaines seraient menacées par le « populisme », une mise en scène de l’opposition entre le (bon) peuple et les (mauvaises) élites qui fragiliserait les institutions. On parle aussi de « démocraties illibérales » pour désigner des régimes où, certes, le suffrage universel demeure le principe de sélection des gouvernants, mais où les atteintes à l’État de droit se multiplient (remise en cause de l’indépendance des juges, rejet du pluralisme de l’information, lois liberticides).
Impuissance démocratique
Ces termes ont en commun d’incriminer le peuple dans le désamour actuel à l’égard de la démocratie. Il est vrai que, sur un point, ce désamour tend à devenir majoritaire : dans un sondage du Cevipof de 2020, 41 % des Français déclaraient être d’accord avec la proposition selon laquelle « En démocratie, rien n’avance, il vaudrait mieux moins de démocratie et plus…
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Auteur: Michaël Fœssel

