Sur les images récupérées par Bon pote, on aperçoit l’équipe de Total tirer de longs tuyaux pour aller aspirer le pétrole tombé en contrebas, dans le Wadi Ghubeira.
Les bulldozers aperçus par Salem ont également érigé de petites digues à la sortie des nombreuses cavités où le pétrole s’est infiltré. Des digues renforcées par des coussins absorbants pouvant éponger le pétrole s’il venait à franchir les digues artificielles après un épisode pluvieux. Du “bricolage” selon l’ingénieur français de l’institut du pétrole. “Une procédure classique, mais sans dépollution des sols, à quoi ça sert ? Il aurait fallu un lavage des terres jusqu’aux profondeurs polluées”, analyse-t-il.
Lucien Dat se remémore lui la complexité des travaux de dépollution : “On ne pouvait pas faire descendre les véhicules partout, donc on a dû porter le matériel à dos d’âne. La pollution de pétrole en surface ? Vous la laissez telle quelle, six mois après elle a disparu parce que le soleil et les bactéries vont manger tous les hydrocarbures”, fait-il mention. Reprenant mot à mot ce que Total prétendra aux habitants de Wadi Ben Ali, quelques mois plus tard, après la destruction d’un bassin de rétention d’eau toxique. “Tout ce nettoyage me faisait chier. On faisait surtout ça vis- à-vis des médias. Total avait si peur [que ça se sache] qu’ils nous ont fait polir chaque pierre, mais c’est évident qu’il y avait des interstices où on n’a pas pu aller et que tout cela pouvait ressortir à chaque saison des pluies…”, avoue-t-il, corroborant les propos de Salem.
Débordée, la chefferie de Total offre alors cinq dollars par jour à des habitants de la vallée pour qui voudrait bien faire “disparaître les taches noires sans protection”, raconte un ancien ingénieur yéménite de l’entreprise, sous couvert d’anonymat. Olivier confirme : “On était passé par un cheikh avec qui je m’entendais bien…
Auteur: Quentin Müller

