La façon dont les médias dominants français traitent la guerre entre l'Ukraine et la Russie — Philippe ARNAUD

Ces remarques s’attardent sur quelques aspects du traitement de la guerre d’Ukraine par les médias dominants (c’est-à-dire, pour ce qui me concerne, par les chaînes de télévision de France 2 et France 3 et par Radio France (France Inter et France Info).

1. Les journalistes évoquent cette guerre comme si la France était officiellement belligérante aux côtés de l’Ukraine, contre la Russie. Cela est d’autant plus étonnant que la France n’est nullement en guerre avec la Russie ! Elle n’a pas rompu ses relations diplomatiques avec ce pays : il y a toujours un ambassadeur de Russie à Paris et un ambassadeur de France à Moscou (comme, d’ailleurs, en ont tous les pays de l’OTAN). Et il y a toujours, à Paris, un consulat de Russie et des journalistes russes en France. Mais le ton général des commentaires journalistiques est celui d’une nette hostilité envers la Russie.

2. Ce ton est surprenant envers un pays avec qui la France n’a plus été en guerre depuis 1856 (et encore étions-nous aller chercher les Russes chez eux, en Crimée, pour des buts de guerre du Royaume-Uni), et qui a apporté une contribution importante à la victoire en 1914-1918, et décisive en 1941-1945. Mais le souvenir des deux guerres mondiales et du compagnonnage d’armes semble avoir été estompé par la guerre froide. Les journalistes ont appris, au cours de leurs études, que l’URSS a soutenu le Vietminh durant la guerre d’Indochine, le FLN durant la guerre d’Algérie, et qu’en 1956, elle a stoppé, par un ultimatum, l’expédition de Suez menée conjointement avec le Royaume-Uni (et Israël). Ils ont également appris l’URSS est le pays qui a écrasé les révoltes de Berlin-Est (en 1953) de Budapest (en 1956), le Printemps de Prague (en 1968), qui était derrière les diverses répressions des révoltes polonaises (en 1956, en 1970, en 1981), la construction du Mur de Berlin, en 1961, et le pays qui a eu Staline comme dirigeant et qui a instauré le Goulag.

2.1. Ces événements ont beaucoup marqué les Français et, en 1991, à la disparition de l’URSS, il en est resté un sentiment inassouvi de revanche, de réparation, comme une espèce de « procès de Nuremberg du communisme » non instruit, que la presse de droite – et pas seulement d’extrême-droite – réclame régulièrement. Alors, faute d’intenter un procès posthume aux mânes de Georges Marchais, charge-t-on la Russie des péchés antécédents de l’URSS. Et, à cet égard, un lapsus est révélateur : plusieurs fois, au lieu de l’adjectif « russe »,…

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Auteur: Philippe ARNAUD Le grand soir

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