Le 24 avril 2013, l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble de confection textile au Bangladesh, a tué plus de 1 100 personnes et fait plus de 2 500 blessés. Il s’agit de l’un des incidents industriels les plus meurtriers de ces dernières années. S’il a marqué les esprits, dans les faits, peu de choses ont changé depuis, déplore Eloïse Bazin, chargée de plaidoyer mode durable, éthique et économie sociale et solidaire chez Oxfam France.
D’après l’ONG, les entreprises de fast-fashion (de type Zara, H&M, Primark) et de l’ultra-fast-fashion (comme Shein et Temu) continuent d’exploiter les travailleurs et travailleuses. Elles et ils sont mobilisés plus de seize heures par jour, 7 jours sur 7, sans aucune protection contre les produits chimiques utilisés, sans sécurité sociale et sans possibilité de se syndiquer. Les conséquences de nos vêtements sont également environnementales : l’industrie textile est responsable de 2 à 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et de 20 % de la pollution de l’eau dans le monde. Chaque seconde, l’équivalent d’un camion de déchets textiles est jeté.
Reporterre — Treize ans après, le secteur du prêt-à-porter a-t-il tiré les enseignements de l’effondrement du Rana Plaza ?
Eloïse Bazin — Il n’y a eu quasiment aucun changement : la fast-fashion n’a rien appris de cet événement. D’ailleurs, ce n’est pas un accident, c’était prévisible — le non-respect de la sécurité des ouvriers du textile dans les usines était déjà documenté. C’est l’exemple d’un système économique entier où toutes les marques de fast-fashion et d’ultra-fast-fashion exploitent les travailleurs et les travailleuses des pays du Sud pour faire un maximum de profit. Le tout en baissant les coûts de production, en ne faisant pas attention aux conditions de travail. Les salaires sont excessivement bas et les normes de sécurité ne sont pas…
Auteur: Agathe Di Lenardo

