La férocité du peuple

Dans cet excellent texte sur Netchaïev, figure du nihilisme révolutionnaire russe, Erwan Sommerer restitue les coordonnées principales d’une pratique de la destitution dans sa forme nihiliste et absolutisée. Contrairement aux planificateurs d’une Révolution libérale fondée sur des images de l’avenir empruntées aux institutions du présent, Netchaïev n’a cessé de proposer sa propre idée du « plan » : la planification des ruines, la « pandestruction » assumée et déterminée du tout de la situation sociale donnée. La tâche du nihiliste consiste alors à dresser la table rase véritable qui doit mener à la révolution la plus complète. De sorte que le nouveau foyer de feu insurgé ne doit décider de s’instituer qu’à la faveur de cendres vraiment froides. On dit qu’il est toujours plus facile de détruire que de construire, mais c’est une vue d’installé. La « pandestruction » est Ô combien plus belle et difficile.

De Netchaïev, on ne connaît souvent que son Catéchisme du révolutionnaire, qui est un très bon texte. Mais il y en a d’autres, tout aussi importants, écrits en quelques mois entre mars et août 1869. Des pamphlets qui méritent d’être lus tant leur contenu révèle une conscience aiguë de l’emprise de l’État et du Capital sur les individus – jusque dans leurs tentatives pour penser une société alternative – et décrit l’exigence de négativité absolue qui en découle.

Netchaïev est alors en exil à Genève, où l’accueille Bakounine. Celui-ci, sans lui faire injure, n’est ici qu’un personnage secondaire. Il a contribué à la rédaction des textes mais les idées, violentes, intransigeantes, le dépassent. C’est un simple spectateur, aussi fasciné que sidéré par la radicalité de la nouvelle génération révolutionnaire russe.

C’est la génération nihiliste inaugurale, née dans les années 1840. Elle a eu son premier martyr : Karakozov, pendu en…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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