Le retour du projet de loi sur la fin de vie au Sénat promet déjà son lot d’amendements conservateurs et de grandes envolées morales sur la prétendue « civilisation du soin » qu’incarnerait le refus de toute aide active à mourir. Personne n’est dupe : une partie de la droite sénatoriale entend détricoter un texte déjà fragilisé par des mois de compromis.
Mais ce débat, parce qu’il touche à la mort, à la dignité et à l’autonomie, traverse aussi profondément la gauche. Il ne suffit pas d’être « progressiste » pour être d’accord sur la question. Le livre récent de l’avocate et militante Élisa Rojas, Pour mourir, taper 1 (Éditions du Détour), a le mérite de poser une contradiction rarement interrogée dans notre camp politique.
Même lorsque l’on défend le droit au suicide assisté, il faut entendre sa critique : pourquoi mobiliser soudainement l’argument de la liberté individuelle absolue alors que, sur presque tous les autres sujets, nous démontrons que les individus ne choisissent jamais seuls ?
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Depuis des décennies, la gauche critique rappelle que les existences sont déterminées par les conditions matérielles, les rapports de domination, la classe sociale, le validisme, le racisme, le patriarcat ou l’isolement. Nous expliquons qu’il n’existe pas de « choix libres » dans une société traversée par les inégalités et les politiques d’austérité qui fabriquent dépendance et désespoir.
Pourquoi alors, sur la fin de vie, certains se mettent-ils soudain à parler comme des libéraux conséquents, ramenant tout à la seule souveraineté de l’individu ? Cette contradiction mérite d’être…
Auteur: Pierre Jacquemain

