Alors que les responsables politiques saturent l’espace médiatique, leur capacité à mobiliser reste faible. Les grandes colères collectives naissent ailleurs : dans l’organisation patiente des syndicats de base, dans la spontanéité des mouvements populaires. Mais à chaque fois surgit le même risque : voir cette énergie sociale confisquée par les logiques institutionnelles, réduite à une bataille parlementaire ou électorale qui détourne le regard des véritables enjeux de la mobilisation et du fond révolutionnaire qu’elle contient.
Contrairement à ce que pourrait laisser croire leur omniprésence médiatique, les femmes et hommes politiques n’intéressent que très peu de monde et ne sont que rarement des vecteurs de mobilisation réelle. Leur parole compte, certes, mais bien moins qu’ils ne l’imaginent. Quand il y a des mouvements puissants dans le pays, ce n’est pas parce qu’un leader syndical ou un chef de parti l’a décidé, mais parce qu’à la base, militant après militant, union locale après union locale, fédération après fédération, les gens s’organisent d’eux-mêmes. C’est ce qui a fait la force des Gilets Jaunes, ou de nombreuses grèves ces dernières années : la spontanéité, la créativité, l’énergie libre d’un mouvement qui échappe aux appareils traditionnels. C’est dans ce contexte que s’inscrit la journée du 10 septembre. Son succès éventuel ne dépendra pas des discours, mais de la capacité des gens à se mobiliser par eux-mêmes. Elle mettra une fois de plus en lumière deux mondes : d’un côté, les responsables qui occupent les médias pour encadrer, critiquer ou, sous couvert de soutien, orienter le mouvement vers une issue politique ; de l’autre, les participants qui, dans leur diversité et leur désordre, font exister une dynamique vivante précisément parce qu’elle est spontanée.
Échapper aux appareils
Ce type de mouvement attire inévitablement les…
Auteur: Guillaume Étievant

