Dans Le problème à trois corps du capitalisme (éd. La Découverte, 2026), Romaric Godin, journaliste économique à Mediapart, analyse pourquoi la domination du capital dans nos sociétés ne peut qu’aboutir aux désastres que nous observons.
Le besoin d’accumulation infinie du capital le pousse dans une fuite en avant mortifère, accélérant les trois crises, économique, écologique et anthropologique qui s’entremêlent et nous mènent vers le précipice. L’ouvrage, passionnant, conclut que le basculement néofasciste en cours est la conséquence inéluctable de cette impasse capitaliste, qui entre dans une nouvelle phase, autoritaire et hybridée à l’État, qu’il nomme « capitalisme d’état d’urgence ».
Reporterre — Comment analysez-vous la violente campagne de diabolisation menée contre La France insoumise, depuis la mort du militant néofasciste Quentin Deranque ? Peut-on y voir une illustration de la radicalisation du camp du capital, que vous décrivez dans votre ouvrage ?
Romaric Godin — Complètement. On voit bien à quel point l’idée d’une gestion du capitalisme basée sur le partage et la lutte contre les inégalités, ce qui était le fonctionnement du capitalisme dans les années d’après-guerre [avec, par exemple, la mise en place de la Sécurité sociale], est devenu aujourd’hui inadmissible pour le capital.
On en a d’ailleurs vu des illustrations bien avant les évènements que vous mentionnez : dans les débats autour de la taxe Zucman, on a cherché à délégitimer Gabriel Zucman, à le présenter comme un économiste d’extrême gauche, alors qu’il en est quand même très loin. Il appartient plutôt à une école qui vise à mieux gérer le capitalisme pour le sauver…
Mais tout projet visant à limiter les inégalités est devenu inacceptable pour le capital, qui n’admet aujourd’hui plus qu’un seul débat : celui entre néolibéraux et capitalisme autoritaire….
Auteur: Vincent Lucchese

