Damien Deville, spécialisé en géographie culturelle et enseignant-chercheur, ainsi que Laurent Testot, journaliste scientifique expert en histoire globale, retracent dans cet échange l’histoire longue de ces relations entre territoires, milieux et sociétés humaines.
Leur objectif : nous aider à repenser nos manières d’habiter la Terre en réapprenant à percevoir les liens, les circulations et les équilibres qui soutiennent la vie.
LR&LP : Que se cache-t-il derrière la métaphore « la forêt est l’amante de la mer » ?
D.D : C’est un enseignement très utilisé en géographie culturelle qui a été théorisé par un japonais scientifique-naturaliste de l’écologie des milieux : Hatakeyama Shigeatsu. En parallèle, il exerce le métier d’ostréiculteur. Confronté à un épisode de mer rouge, il a observé que la qualité de ses huîtres dépendait directement de la matière organique issue des forêts situées en amont.
Ces éléments, transportés par les rivières, nourrissaient indirectement les milieux côtiers. Pour rendre compréhensible cette dynamique, il a travaillé avec une poétesse, qui a trouvé cette expression lumineuse : « la forêt est l’amante de la mer ». Elle transmet l’idée que les cycles naturels relient des espaces que nos cartes, nos institutions et nos modes de pensée séparent artificiellement.
Transposer cette notion en France permet de rappeler que de nombreux territoires vivaient autrefois de relations étroites entre arrière-pays forestier, bassins fluviaux et côtes maritimes. Mais l’aménagement du territoire a progressivement fragmenté ces continuités écologiques. La rupture de ces liens a provoqué des déséquilibres majeurs : dégradation des ressources, appauvrissement des sols, effondrement de certaines filières, et perte de biodiversité.
Réactiver ce principe, c’est inviter les politiques publiques à tisser de nouveaux ponts entre des milieux géographiquement…
Auteur: Liza Tourman

