Ayguemorte-les-Graves (Gironde), reportage
Au petit matin, la forêt de Thion aspire les repères. Seul un camion blanc se distingue dans l’obscurité. Une femme, qui se décrit comme « nomade » et souhaite rester anonyme, a fait le choix de dormir ici, à Ayguemorte-les-Graves (Gironde), pour s’opposer à d’éventuels déboisements nocturnes. Bilan de la nuit : elle n’a entendu que le hululement des chouettes.
Depuis le début de semaine, une vingtaine de personnes se relaient pour bloquer les travaux préparatoires du chantier de la LGV Bordeaux-Toulouse. Le déboisement et le défrichement de 1 000 hectares d’ici la fin d’année doivent permettre la réalisation des fouilles archéologiques préventives.
Sur place, Marwil, 72 ans, habitante de la commune voisine, revient sur la chronologie de la semaine : « On les a stoppés lundi [12 octobre], mais ils sont là chaque matin, et parfois même la nuit. » Plusieurs centaines de mètres de forêt ont déjà été déboisés.
Sur ce chantier linéaire, les travaux avancent de manière discontinue, là où les opposants ne sont pas. « Plus on est nombreux, plus on pourra bloquer. Mais les gens travaillent, et pour beaucoup d’entre eux, le projet est déjà acté », observe cette soixante-huitarde, son bâton de marche à la main.
Pourquoi pas un lycée plutôt qu’une ligne à grande vitesse ?
Pour être efficace, la mobilisation doit durer. Un impératif difficilement compatible avec tous les emplois du temps. Régis, 57 ans, ouvrier dans les travaux publics, est actuellement en arrêt maladie. « Quand je vais reprendre le travail, je ne serai plus là. » Son habitation est collée à la future ligne LGV, à quelques centaines de mètres du blocage. Le train, il s’en sert tous les jours pour aller sur ses chantiers, avec son vélo. « Mais une ligne grande vitesse, ça n’a pas de sens. Pourquoi vouloir gagner quinze minutes ? »
« On va voir le…
Auteur: Nicolas Beublet
