Pour que Raphaël Glucksmann déclare que le moment actuel exige le retour de la statue de la Liberté, il faut s’interroger : pourquoi les moments précédents n’ont-ils pas suscité une telle demande ? Comment un pays bâti sur le génocide et l’esclavage, en pleine ségrégation à l’époque, a-t-il pu se voir offrir une statue censée incarner la liberté ? Mais poser ces questions obligerait aussi à questionner la légitimité de la France à se présenter comme arbitre des valeurs de liberté, alors qu’à l’époque du don, elle imposait à Haïti une rançon pour son indépendance, poursuivait son entreprise coloniale, et recourait massivement aux travaux forcés.
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Une situation loin d’être nouvelle : en 2018, les macronistes votent contre la proposition de La France insoumise d’inscrire le droit à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception dans la Constitution. Mais, surprise, en 2022 : au lendemain de la décision de la Cour suprême américaine de renverser l’arrêt historique Roe V. Wade, qui garantissait le droit constitutionnel à l’avortement depuis 1973, et une semaine après avoir fait entrer l’extrême droite en masse à l’Assemblée, les macronistes s’approprient la proposition de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale et resoumettent le texte.
Il serait facile de pointer du doigt la droite et ses apparenté·es (Glucksmann), mais cette tendance existe aussi dans les partis de gauche et dans le monde intellectuel. Dans la même veine, quelle ne fut pas ma surprise (et mon scepticisme) d’apprendre que même les universités françaises, pourtant si promptes à s’opposer aux départements d’études noires et ethniques – où l’on compte sur les doigts…
Auteur: Fania Noël

