Marek Włodarski. — « Płyną po niebie » (Flottant dans le ciel), 1931.
On préfère prévenir : c’est un peu long, et parfois un peu abstrait. Mais c’est la question qui veut ça. Il suffit de savoir si on veut en parler sérieusement ou pas, et, si oui, faire avec ce que ça implique.
C’est un débat stratégique, donc c’est un débat théorique.
Disons les choses d’emblée. De tous les personnages politiques de la Ve République, on n’en trouve aucun qui ait l’envergure intellectuelle de Jean-Luc Mélenchon. La pensée de Mon Général n’était guère allée au-delà d’« une certaine idée de la France » (on n’a jamais vraiment su laquelle), la culture littéraire de Mitterrand ne lui donnait aucune intelligence de la société capitaliste — puis nous sommes entrés dans l’ère des comptables imbéciles et des énergumènes fascisateurs. L’intellectualité de Mélenchon a façonné toute la FI, qui est la seule formation politique institutionnelle où l’on pense, et l’Institut La Boétie est à cet égard une remarquable réussite — comme en témoigne son dernier ouvrage, Nouveau peuple, nouvelle gauche, récemment paru.
« Technoféodalisme » et ligne stratégique
Lire aussi Evgeny Morozov, « Le numérique nous ramène-t-il au Moyen Âge ? », Le Monde diplomatique, août 2025.
C’est pourquoi quand Jean-Luc Mélenchon, lors de la conférence de présentation de l’ouvrage, évoque Le Monde Diplomatique, qui « le prend à parti », et où « quelqu’un l’admoneste », ça n’est pas tout à fait une bonne manière. « Quelqu’un », d’abord, c’est Evgeny Morozov, qui n’est pas exactement le fada du bus, mériterait que son nom soit cité, et dont la critique, particulièrement tranchante, appellerait plutôt une réfutation en bonne et due forme — si, en plus du goût, on a l’habitus de l’intellectualité. Morozov s’en prend —…
Auteur: Frédéric Lordon


