Un livre né d’une scène insupportable
En 2011, Sophie Lemaître tient entre les mains l’un des derniers exemplaires du Livre noir du Canada, un ouvrage dénonçant des pratiques de compagnies minières québécoises. Le livre va disparaître des librairies : les entreprises minières poursuivies ont obtenu un accord forçant la maison d’édition à en stopper la diffusion. Elle a 25 ans. Le choc sera fondateur.
« Je ne comprenais pas comment on pouvait en arriver là : qu’un livre ne puisse plus être disponible en librairie », confie la juriste au cours d’un webinaire organisé par les JNE.
Docteure en droit, passée par la FAO à Rome, l’ONG Sherpa à Paris et le centre de recherche anti-corruption U4 à Bergen, elle documente le phénomène pendant des années.
Le résultat : « Réduire au silence. Comment le droit est perverti pour bâillonner médias et ONG », publié aux éditions Rue de l’Échiquier — le premier essai en français consacré au lawfare, cette « guerre par le droit » qui vise à faire taire les voix dissidentes.
L’ouvrage, récompensé par le tout premier prix Renaud Van Ruymbeke, créé par Transparency International France en partenariat avec Le Nouvel Obs, constitue un catalogue glaçant de mauvaises pratiques.
Son angle : démontrer que les libertés fondamentales ne sont pas seulement menacées par l’insuffisance des lois, mais par leur utilisation stratégique à des fins répressives.
Le 25 janvier 2023, Edwy Plenel, directeur de la publication chez Mediapart, a reçu une lettre officielle de Damien Rebourg, directeur de la communication de Total Energies. Cette lettre contenait une menace ferme de poursuites judiciaires en cas d’« accusations diffamatoires » portées contre l’entreprise le 28 janvier 2023. Cette date coïncidait précisément avec l’événement organisé par Mediapart et consacré à TotalEnergies et à ses pratiques commerciales.
La France, troisième sur le podium…
Auteur: Isabelle Vauconsant

