La France, tu l’aimes mais tu la quittes. Comment l’islamophobie travaille la société française

Dans un livre paru récemment au Seuil, Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin présentent les résultats d’une enquête sociologique vaste et inédite sur l’exil de Français·es de culture ou de confession musulmane, en réponse aux multiples discriminations et à la stigmatisation quasi-permanente, dans l’espace public, de l’islam et des musulman·es. S’inscrivant dans un champ de recherche en développement, les auteurs·rices nous invitent ainsi, à travers cet ouvrage, à prendre enfin toute la mesure des effets concrets de l’islamophobie sur la vie de millions de personnes vivant en France. Nous vous proposons d’en lire l’introduction.

Quand vous entrez dans l’amphi, il y a un silence de mort. Alors que quand c’est les autres, on les applaudit, parce que c’est un peu le bazar en médecine en fait, il y a comme un système de bizutage, mais nous, on n’entre pas dans ce délire‑là. On en est même exclues d’office. Voilà… alors qu’on s’en fiche, qu’on soit intégrées ou pas, on s’en fiche. Mais, je sais pas, c’est comme un non‑dit, c’est : “bon elle, elle est voilée, elle ne fait pas partie de notre monde”.

Appelons cette femme Ilham[1]. Installée à Salford près de Manchester au moment où elle nous accorde un entretien en 2021, elle se souvient avec émotion de son passage en faculté de médecine, où elle était la seule à porter un hijab[2]. L’exclusion dont elle témoigne est à la fois liée à ses origines, à sa religion visible dans l’espace public, mais aussi à sa classe sociale. Elle confie en effet qu’en bifurquant ensuite vers des études de sage‑femme, elle a côtoyé un milieu plus hétéro‑ gène, moins marqué par un entre‑soi blanc et bourgeois, et que sa religion est « mieux passée » auprès des étudiantes de sa nouvelle promo.

Elle se souvient tout de même d’un événement traumatique dans son cursus de sage‑femme, lorsqu’un…

La suite est à lire sur: www.contretemps.eu
Auteur: redaction

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