Perreux (Yonne), reportage
L’air est lourd, autant que l’humeur morose. Pourtant, c’est la saison préférée de Christelle, celle des journées à rallonge quand le soleil descend derrière ses parcelles vallonnées. Au volant de sa moissonneuse-batteuse, dans sa petite cabine climatisée, l’agricultrice de 55 ans, contemple son champ d’avoine mûr à point mais pas très vigoureux.
La machine avance doucement au milieu des glumes voltigeant sous le soleil brûlant et se remplit de grains minuscules à l’arrière. Pas assez à son goût : « Je ne m’en sors plus, ce n’est pas possible. » Elle garde le sourire mais le cœur n’y est plus.
Christelle Garnier est céréalicultrice dans l’Yonne. Elle a hérité de ses aïeux quelque 210 hectares qu’elle travaille exclusivement en bio. Du blé, de l’avoine pour les semences, des féveroles, du tournesol, de l’orge… Mais cette année, c’est la cata. En cause ? Les conditions météorologiques depuis l’automne, des pluies en quantité, répétitives et incessantes. « Cela fait neuf mois qu’il pleut : je ne sais même plus si on a eu une semaine sans pluie depuis octobre 2023 ! » se désole celle qui a le moral au fond des baskets.
Le lendemain de notre passage, la parcelle de blé qu’elle s’apprêtait à moissonner a été dévastée par un violent orage de grêle. Sa fille a filmé le déluge devant la ferme et pris en photo les plants couchés « en quelques minutes ».
En vingt années d’installation, Christelle assure que c’est la première fois que tout est aussi compliqué. Comme chaque année, elle investit dans des semences pour les parcelles qui accueilleront des céréales, travaillées depuis cinq générations. Elle aurait dû semer 100 hectares en octobre et 70 au printemps.
« Il a plu non-stop depuis octobre »
« Il a plu non-stop depuis octobre, je n’ai pu ensemencer que 38 hectares à l’automne. Il m’est même arrivé de semer…
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Auteur: Laure Noualhat

