La gangrène de l'oubli – Nanterre Année 0

Pendant qu’on écrit, un hélicoptère tourne toujours au-dessus de nos têtes, pour la troisième nuit d’affilée. Des détonations, toutes les cinq à dix secondes, continuent de résonner au loin, sur la Canebière, à Marseille, loin de Nanterre. En bas de la rue, deux jeunes de moins de 20 ans siphonnent un ballon d’hélium sur le trottoir, tombent, se chamaillent à en perdre une de leurs chaussures. A deux mètres d’eux, un trentenaire fatigué dort à même le trottoir, position fœtal sur un matelas crasseux aux larges traits marrons posé à même la poubelle. A dix minutes du Vieux Port, de ses touristes et de la spéculation immobilière sans fin depuis le confinement. Touristes qui viennent de fuir après la deuxième nuit d’émeute dans la ville. Plus un seul commerce ouvert. La pauvreté crève la vue des rues de Marseille. Pour celles et ceux seulement qui veulent encore la voir.

« J’ai compris que rien ne changerait pour nous, maghrébins, et qu’on était dans un bourbier, duquel il nous était difficile de sortir en bon état. Le goudron s’était collé à nos semelles et le fer était entré en nous par la paume des mains, les gens étaient en béton armé […] Il n’y avait plus rien de lumineux dans le regard de mes camarades et, à force de les regarder, je devenais fou ».

Mohammed Kenzi, La Menthe sauvage, Grevis, 2022 [1re édtion : 1984].

« Moi, quand je fous le feu,

Ça fait d’la lumière,

J’y vois plus clair »

Abdel Hafed Benotman, « Racaille », 2005.

Qui aurait pu croire, au moment où ce récit était couché, que la police venait à nouveau de tuer d’un tir de flashball en plein thorax, Mohammed, 27 ans, père d’un enfant et d’un autre à venir, qui filmait depuis son scooter les interventions policières. Qui aurait pu penser qu’on cacherait trois jours le meurtre, encore, pour hâter le retour au calme… A l’oubli.

C’est toujours aussi sidérant une société qui ne veut…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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