« La gauche a laissé l'extrême droite récupérer le besoin d'enracinement »

Dans Ceux qui reviennent, la consultante Pauline Rochart s’intéresse aux trajectoires de Parisiennes et Parisiens d’adoption qui décident, la trentaine venue, de retourner dans leur territoire d’origine. Elle en tire une riche enquête, à la fois intime et politique, où elle interroge la notion d’habiter et la possibilité de dépasser la fracture entre urbains et ruraux.


Faites-vous partie de « ceux qui sont revenus » ?

Oui. Après douze ans à Paris, à la naissance de ma deuxième fille, j’ai eu besoin de me rapprocher de ma mère pour avoir un relais familial. Nous sommes arrivés à Dunkerque à l’été 2022. C’était génial : la ville s’est profondément transformée ces dix dernières années, il y a la mer au bout de la rue, de l’espace, l’impression de respirer… Puis, le premier hiver est arrivé. J’ai réalisé à quel point mes repères avaient été bousculés.

J’étais heureuse de mon choix mais j’avais aussi des montées de « qu’est-ce que j’ai fait ? ». Je me sentais encore d’ici, mais plus tout à fait — un sentiment d’être entre deux eaux. En en parlant à des amis qui avaient vécu la même chose, j’ai très vite compris qu’il y avait matière à un livre. Mais je ne voulais pas écrire uniquement du point de vue des cadres diplômés. J’ai donc demandé à « ceux qui restent », pour reprendre le titre de l’enquête du sociologue Benoît Coquard, comment ils percevaient ces retours.

Très vite, vous abordez la question de l’attachement au territoire.

C’est ce lien indescriptible, intangible qui nous unit à un lieu et que l’auteur Nicolas Mathieu appelle « l’effroyable douceur d’appartenir ». Une de mes enquêtées, Clémence, de retour dans son village de la Manche, m’a confié : « J’appartiens à une latitude climatique. »

Le lien est de l’ordre de la sensation : les couleurs, les odeurs. Personnellement, par exemple, j’ai besoin…

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Auteur: Émilie Massemin

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