À gauche, depuis dimanche, les faits sont têtus : dans de nombreuses villes, socialistes, communistes, écologistes et insoumis ont choisi de fusionner leurs listes. Non par naïveté, mais par nécessité. Non par effacement, mais par lucidité stratégique face à la droite et à l’extrême droite. Et pourtant, dans le même temps, l’espace médiatique continue de mettre en avant une tout autre musique, celle du doute et de la mise à distance. La presse, unanime, semble à ce titre assez peu goûter les accords à gauche et invite abondamment sur les plateaux ceux qui, « à gauche », dénoncent des « accords de la honte ».
Raphaël Glucksmann incarne aujourd’hui, avec constance, cette ligne singulière : construire une perspective pour 2027 en tenant à distance une partie décisive de la gauche. Une stratégie qui se veut clarificatrice, mais qui produit surtout de l’isolement. Car le réel est là : partout où la gauche peut espérer l’emporter, elle le fait en s’additionnant. L’unité n’est pas un supplément d’âme, c’est une condition de victoire.
Cette tension révèle une impasse plus profonde au sein d’une certaine gauche sociale-démocrate qui ne cesse d’invoquer une gauche « républicaine » et « laïque », comme un étendard censé tracer une frontière. Mais jamais cette affirmation ne va réellement au bout de sa démonstration. Elle fonctionne surtout en creux, pour suggérer ce que ne serait pas l’autre gauche, en particulier la gauche radicale. Or cette mise en cause implicite est non seulement contestable, mais elle est aussi politiquement stérile.
Faut-il rappeler qu’en 2024, lors des législatives, ces forces s’entendaient pour gouverner ensemble tout un pays ? Qu’elles plaidaient pour un accord national, un programme partagé, une répartition des responsabilités ? Comment expliquer qu’à l’échelle locale,…
Auteur: Pierre Jacquemain

