Comment expliquer que les classes populaires américaines, qui votaient massivement pour les Démocrates jusqu’aux années 1970, soutiennent aujourd’hui majoritairement Trump ? N’est-ce pas paradoxal, alors que les Démocrates prônent la justice fiscale tandis que les Républicains n’ont de cesse de réduire les impôts des plus riches ? Une récente étude permet d’y voir plus clair.
Pour décrire les politiques économiques menées de 1950 à 2016, les auteurs distinguent deux orientations : « pré-distributive » et « redistributive ». La première vise à renforcer la création d’emplois réglementés, un salaire minimum élevé, les syndicats et les protections sociales (y compris vis-à-vis de la concurrence étrangère). La seconde, qui prône la libéralisation des marchés dans le but d’accroître la richesse nationale, veut compenser les dégâts subis par les catégories populaires avec de la redistribution fiscale (comme l’impôt négatif aux États-Unis ou la prime d’activité en France).
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Jusqu’aux années 1970, à la suite de Roosevelt et du New Deal, le Parti démocrate pratiquait massivement des politiques « pré-distributives ». Puis le courant des « nouveaux Démocrates », ou néolibéraux de gauche, a pris le pouvoir dans le parti, pour aboutir à l’élection de Clinton (1992).
L’exercice d’un travail socialement organisé, épanouissant et reconnu, même subordonné, est une aspiration profonde des catégories populaires.
Les auteurs montrent comment l’essor des nouveaux Démocrates et de leurs politiques redistributives néolibérales s’accompagne d’une participation croissante des catégories sociales les plus diplômées au…
Auteur: Thomas Coutrot

