Une vieille méfiance aux origines bien fondées
La gauche française a longtemps traîné une mauvaise réputation en Syrie – y compris auprès de la gauche syrienne et de son mouvement républicain. Dès le tournant du XXᵉ siècle, les gouvernements français successifs finançaient les écoles et universités catholiques au Levant, tandis qu’ils laïcisaient l’enseignement sur leur propre sol. C’est le parlement du Front populaire qui refusa de ratifier le traité de 1936 accordant l’indépendance à la Syrie sous mandat. C’est le gouvernement provisoire issu de la Libération qui ordonna le bombardement du Parlement syrien, quinze jours après la capitulation de l’Allemagne en mai 1945 – un parlement élu d’un pays pourtant déclaré indépendant en 1941 lors de l’expulsion des troupes de Vichy. Et c’est encore le gouvernement de Guy Mollet qui déclencherait la guerre de Suez en 1956, poussant la Syrie à nationaliser tous les avoirs français, dont la Banque de Syrie et du Liban, filiale de Paribas.
De l’autre côté de la Méditerranée, la gauche française a aussi longtemps été soupçonnée de complaisance envers le mouvement sioniste, initialement teinté d’idéaux socialistes. Il aura fallu la guerre de 1967, puis la dérive du sionisme vers la colonisation religieuse extrémiste, et surtout l’horreur du génocide des Palestiniens de Gaza, pour qu’un tournant s’amorce progressivement – notamment parmi les jeunes générations.
Pourtant, et malgré – ou peut-être à cause de – la mondialisation accélérée par les réseaux sociaux, la gauche et le mouvement républicain français demeurent loin derrière leurs homologues irlandais ou espagnols, tant dans leur perception de la question palestinienne que dans celle du « Printemps arabe » et, plus particulièrement, de la révolte syrienne de 2011. Comme le disait de Gaulle, « l’Orient est compliqué ».
La Syrie : une nation…
Auteur: romain romain

