François Purseigle est professeur des universités en sociologie à l’Institut national polytechnique de Toulouse et dirige le département de sciences économiques, sociales et de gestion de l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse (INP-Ensat). Il a obtenu un diplôme d’ingénieur en agriculture à l’ISA de Lille, puis s’est tourné vers la sociologie de ce monde agricole en mutation, en consacrant ses premières années de recherche à l’étude de l’engagement et du comportement syndical et politique des agriculteurs français.
Les résultats des élections professionnelles (voir encadré ci-dessous) permettent-ils d’affirmer que nous assistons à une recomposition inédite du paysage syndical agricole ?
François Purseigle : Nous assistons surtout à une confirmation de la fragmentation du paysage professionnel et finalement de l’éclatement des positions syndicales. Celui-ci n’est pas nouveau, puisqu’on le percevait déjà dans les années 1990 avec la naissance de la Coordination rurale (CR) (1), mais on constate qu’il est bien installé. Nous assistons aussi à une tripartition organisationnelle syndicale qui fait écho à une tripartition idéologique, qu’on retrouve plus globalement dans la société française. Les trois organisations en tête incarnent trois manières de penser l’agriculture et trois positionnements politiques : les FNSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) sont plutôt des pro-européens mais aussi des conservateurs plutôt de centre droit, ceux de la CR sont des conservateurs agrariens identitaires et pour la Confédération paysanne (CP), ce sont plutôt des écolos-sociaux alternatifs.
La CR est née en 1991, dans le Gers, à l’initiative de trois dissidents de la FNSEA, et en réaction à la réforme de la politique agricole commune…
Auteur: Vanina Delmas

