Il y a quelque chose d’un peu cruel, et sans doute nécessaire, à tendre le micro à celles et ceux qui viennent de perdre. Cruel, parce que la politique est déjà un théâtre d’humiliations publiques. Nécessaire, parce que c’est souvent dans la défaite que la parole se libère, que les langues se délient, que les stratégies se dévoilent sans fard.
En réunissant sur Politis, le même jour, trois entretiens – le candidat malheureux à la mairie de Bègles, désormais député apparenté insoumis Loïc Prud’homme, une ancienne maire écologiste de Poitiers Léonore Moncond’huy et une ex-maire socialiste de Vaulx-en-Velin Hélène Geoffroy – nous avons voulu installer la gauche sur le divan.
Non pas pour l’achever, mais pour tenter de comprendre ce qui, à un an de la présidentielle, ressemble de plus en plus à une mécanique de l’échec. Car ce qui frappe d’abord, dans ces récits croisés, c’est leur troublante convergence. Tous parlent de divisions, mais chacun accuse l’autre. Tous évoquent une stratégie défaillante, mais jamais la leur. Tous regrettent une perte de lien avec les électeurs, mais sans jamais vraiment s’accorder sur les raisons profondes de cette rupture.
Ce que révèlent ces entretiens, c’est une forme de symétrie dans l’échec.
Une forme de déni collectif
Comme si la gauche, dans son ensemble, était enfermée dans une forme de déni collectif, préférant l’explication par la trahison à celle par l’erreur. Loïc Prud’homme met des mots sur un malaise désormais bien installé : la stratégie du « quatrième bloc », censée mobiliser les abstentionnistes, aurait eu pour effet de désagréger un électorat de gauche plus traditionnel.
En creux, il pose une question simple et redoutable : peut-on conquérir sans conserver ? À force de vouloir élargir, la gauche radicale aurait-elle cessé de parler à ceux qui…
Auteur: Pierre Jacquemain

