Le passeport à l’effigie de Donald Trump génère des protestations. Leur intensité est, toutefois, moindre que la colère suscitée, après 1918, par le maintien du passeport lui-même, qui avait été rendu obligatoire durant la Première Guerre mondiale. Des deux côtés de l’Atlantique, la presse en réclamait la suppression, le jugeant coûteux, vexatoire et liberticide. Un siècle plus tard, la contrainte du passeport est normalisée.
La Maison-Blanche a récemment annoncé qu’une édition limitée de passeports états-uniens à l’effigie du président serait fabriquée dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire des États-Unis. Ces passeports, qui comporteront une image de Donald Trump accompagnée de sa signature à l’encre dorée, et dont le nombre exact n’a pas été rendu public, ne seront disponibles que pour les citoyens qui en feront la demande dans la ville de Washington.
Cette décision a immédiatement suscité de vives critiques : certains adversaires y voient une manifestation de culte de la personnalité qu’aucun autocrate n’avait jamais osée.
Le « passeport Trump » est-il « gênant » ? Le verbe « gêner » a deux significations : embarrasser, et limiter la liberté. Les détracteurs de cette initiative se sentent gênés surtout dans le premier sens : ils ont honte de voir leur président profiter de l’anniversaire de l’indépendance du pays pour se mettre en avant. Mais la seconde signification, celle liée à la restriction de la liberté de circulation, est bien plus durable : depuis plus d’un siècle, devoir obtenir un passeport pour pouvoir voyager gêne considérablement les gens, partout dans le monde.
Le régime des passeports obligatoires
Nos arrière-grands-parents ont affublé le passeport de tous les…
Auteur: Speranta Dumitru, Maitre de Conférences, Université Paris Cité

