Pierre Carles a réalisé un formidable documentaire, à voir au cinéma Diagonal de Montpellier, jusqu’à fin décembre. Partant de la guérilla colombienne, il creuse la réflexion sur le sens de l’engagement révolutionnaire, et ce qui peut en être sauvé en période de grave reflux
“Guérilla des FARC, l’avenir a une histoire” : le titre du dernier film de Pierre Carles n’est pas furieusement engageant. « Guérilla des FARC » : ça commence comme un intitulé purement documentaire, genre fiche Wikipedia. « L’avenir a une histoire » : ça continue par un sous-titre assez opaque – quoique finalement très juste, on va le voir.
On se rendait donc à la soirée de lancement de ce film, l’autre soir au Diagonal, sans y croire plus que ça. Façon film militant, s’adressant à des spectateurs déjà sur-informés, et convaincus d’avance. On y allait un peu par acquit de conscience – le devoir révolutionnaire, camarade – renforcé par l’excellente réputation du dénommé Pierre Carles en tant que cinéaste politique. On était titillé aussi par la présence annoncée à cette soirée de l’ex-guerillera Audrey Millot, dont on apprenait qu’elle fut montpelliéraine, travailleuse sociale, avant de rejoindre les insurgés colombiens au début des années 2000. Fibre localière. On ne se refait pas.
Et puis on a été attrapé par ce film, avec une intensité non prévue. Partant d’un cas d’espèce, ce long métrage (presque deux heures et demi), engage une réflexion de portée universelle. Et très actuelle. On a d’abord été surpris de trouver là une salle bien pleine, cent cinquante personnes disons, sur un sujet qui ne paraît pas aux avant-postes de l’urgence du moment.
Puis on a découvert que, plutôt que seulement exposer ce que fut la guérilla colombienne, le film de Pierre Carles, qui s’y est attaché dix années durant, fouille un moment très particulier : celui de l’arrêt de cette guérilla,…
Auteur: Le Poing

