Est-il possible d’inculper une arme autonome pour des crimes de guerre ? La réponse à cette question reste encore ambiguë, alors que la face des conflits armés se trouve totalement changée par l’utilisation de machines guidées par l’intelligence artificielle (IA).
À l’heure où les développements de cette technologie dans le domaine militaire avancent plus vite que les institutions chargées de les réguler, Laure de Roucy-Rochegonde, chercheuse à l’IFRI et chercheuse associée au CERI (Sciences Po), présente dans « La guerre à l’ère de l’intelligence artificelle. Quand les machines prennent les armes » les défis posés par le déploiement de ces « robots tueurs » en temps de guerre. À l’instar, en leur temps, du « père de la bombe atomique » Robert Oppenheimer et de ses collaborateurs, les artisans de l’IA sont aujourd’hui confrontés aux implications morales de leurs recherches, et de leurs possibles usages destructeurs. Extraits choisis.
Du projet Manhattan au projet Maven
Le 16 juillet 1945, au Nouveau-Mexique, alors que venait d’être accompli le premier tir nucléaire en conditions réelles, appelé Trinity, le responsable de cet essai, le physicien américain Kenneth Bainbridge, déclarait à son collègue Robert Oppenheimer, le chef du projet Manhattan : « Now we are all sons of bitches. » Trois semaines plus tard, le 6 août, était larguée par un bombardier américain la fameuse bombe Little Boy sur la ville japonaise d’Hiroshima, où périssaient instantanément 80 000 personnes. Le 9 août, c’était au tour de Fat Man de provoquer la mort de 40 000 Japonais à Nagasaki.
Alors qu’en 2025 sont commémorés les 80 ans de ce drame, il est possible de dresser un parallèle avec les chercheurs contemporains travaillant sur les techniques d’IA et sur la robotique. Ceux-ci avouent en effet avoir le sentiment que leurs disciplines préparent des révolutions potentiellement…
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Auteur: Laure de Roucy-Rochegonde, Directrice du centre Géopolitique des technologies de l’Institut français des relations internationales (Ifri), chercheuse associée au Centre de recherches internationales (Ceri, Sciences Po/CNRS), Sciences Po

