Beyrouth (Liban), « correspondance
Plongée dans la nuit en plein jour, Téhéran s’est retrouvée sous une pluie noire et acide, dimanche 8 mars, après des bombardements israéliens sur trente sites pétroliers de la capitale iranienne, dont quatre dépôts majeurs et une raffinerie. Habitants, photographes et correspondants de presse y décrivaient des scènes « apocalyptiques », alors que d’épais nuages de fumée couvraient l’horizon, et que 400 frappes aériennes s’abattaient sur leurs têtes en une journée.
« Ce qu’on vient de voir est totalement fou. On parle d’une métropole de 15 millions d’habitants touchée par des niveaux de pollution très élevés », s’indigne Kaveh Madani, scientifique, activiste et ancien vice-ministre iranien de l’Environnement de 2017 à 2018, joint par WhatsApp. « En inhalant ces fumées toxiques, particules fines et ces métaux lourds, les humains peuvent souffrir de problèmes respiratoires, de nausées, d’évanouissements, d’une détresse dans différentes parties du corps — les enfants, les malades chroniques et les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables. Mais il y aussi les animaux, la terre, les nappes phréatiques qui vont être contaminées dans une boucle rétroactive », s’alarme-t-il.
Des experts avertissent de décès potentiels liés à ces fumées de dioxyde de soufre (SO2) et des oxydes d’azote (NOx) créés par la combustion du pétrole, ainsi que du soufre, benzène, sulfure d’hydrogène. « Nous recommandons aux Iraniens de rester chez eux pour ne pas les inhaler, mais beaucoup de maisons ont eu les fenêtres soufflées. On observe que cette pollution se déplace déjà vers les autres pays du Golfe », explique l’expert iranien, dont la famille est toujours à Téhéran.
D’après des rapports, la décision d’attaquer des réservoirs de pétrole avait été communiquée à Washington par les forces armées israéliennes —…
Auteur: Philippe Pernot

