La Guyane va récupérer les ossements d'autochtones détenus par des musées parisiens

Cayenne (Guyane), reportage

Un vote empli d’émotions pour mettre fin à une blessure aussi intime que politique. Le 18 mai, le Sénat a adopté à l’unanimité la proposition de loi visant à déclasser et à remettre à la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) les dépouilles de six Kali’nas et Arawaks enfermées depuis 134 ans dans les collections publiques parisiennes, notamment celles du musée de l’Homme.

Ces restes humains appartiennent à des autochtones originaires de l’embouchure du Maroni, à la frontière entre la Guyane et le Suriname, ayant été exhibés dans le zoo humain du Jardin d’acclimatation de Paris en 1892. Pour cette exposition, 33 femmes, hommes et enfants ont été recrutés sur les promesses fallacieuses d’une nouvelle vie en France.

Arrivés en Europe, ils ont été contraints d’effectuer sans relâche des activités perçues comme exotiques, en tenue traditionnelle y compris au beau milieu de l’hiver, sous le regard des badauds parisiens. Huit d’entre eux ne reverront jamais leur terre natale et une partie de leurs ossements nourrira les travaux anthropologiques racistes, en vogue dans le milieu scientifique.

« Une reconnaissance historique »

Pour Corinne Toka-Devilliers, arrière-petite-fille d’une survivante et fondatrice de l’association Moliko Alet+Po qui se bat depuis plus de cinq ans pour cette restitution, ce vote acte une « très belle victoire » et une « reconnaissance historique » du peuple kali’na.

« Nous sommes tous soulagés et nous préparons déjà la cérémonie du deuil pour leur retour mais il reste à faire connaître cette histoire coloniale et à l’enseigner dans toutes les écoles de France », réagit de son côté Bénédicte Fjeké, présidente du conseil des Yopotos — autorités coutumières — kali’na.

Une fois que ce texte sera adopté par l’Assemblée nationale — ce qui devrait relever de la formalité — ces restes humains…

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Auteur: Enzo Dubesset

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