Paris, reportage
Rue de Rivoli, deux mondes se font face. D’un côté, le BHV, orné de grands drapeaux noirs frappés du logo « Shein », d’où s’étire une longue file de clients serrés les uns contre les autres, téléphone à la main. De l’autre, à une quinzaine de mètres, l’Hôtel de Ville et ses petites bannières vert pâle accrochées aux lampadaires, proclamant « Accord de Paris pour le climat ». En dessous, des manifestantes et manifestants scandent leur indignation, tandis que des policiers marchent entre les deux camps, surveillant la scène.
Mercredi 5 novembre, le géant chinois du e-commerce et de la fast-fashion a inauguré sa première boutique physique permanente au monde, installée au BHV Marais. Dès la matinée, des élus, militants écologistes et associations — parmi eux L’Après et le Parti socialiste de Paris — se sont rassemblés pour dénoncer une ouverture jugée « provocatrice » au cœur de la capitale de la mode.
À 11 heures, un rassemblement s’est tenu devant le BHV, où journalistes et photographes se pressaient autour des orateurs tandis que des tracts et des pancartes rouges « Pas de Shein au BHV » étaient distribués aux passants. La pétition portée par Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire de Paris, avait dépassé les 80 000 signatures en octobre. À 13 heures, les portes s’ouvrent enfin : les premiers clients entrent dans le magasin, sous l’objectif des caméras massées sur le trottoir.
« Le gouvernement devient complice »
Dans la file, on entend parler anglais, arabe, espagnol, français. Beaucoup de touristes, quelques curieux, mais aussi des clientes modestes, attirées par « le rapport qualité-prix ». Deux femmes de ménage racontent avoir vu l’annonce sur TikTok : elles voulaient simplement voir « de leurs propres yeux ». Marie-Rose, venue d’Afrique du Sud avec sa fille, qui se targue d’associer des colliers de marques de…
Auteur: Juliette Fesas

