Sébastien Charbonnier, philosophe de l’éducation et auteur de La Fabrique de l’enfance, propose ici d’analyser les ressorts fondamentaux de la répression qui s’abat en ce moment même sur les lycéens.
« Adulte – achevé – mort : nuances d’un même état. On a jeté ses atouts.
La pire critique contre Aristote est encore celle-ci : qu’il était définitivement Aristote.
Avant de mourir, on devient tout os. »
Henri Michaux, « Enfants », Passages
Le titre est vulgaire ? C’est de bonne guerre ! Et puis vulgus est un mot doux, puisque ça veut dire tout le monde. Ce sont des bourgeois comme Flaubert qui ont connoté le mot négativement – par mépris social.
Ce titre n’est qu’un renvoi d’ascenseur, car il est clair que l’Adulte, celui-là qui décide de la vie des nouvelles venues au monde, nous emmerde : par des programmes, des conseils humiliants, des emplois du temps, des interdictions, des mises en concurrence, etc.
On ne lui avait rien demandé, et il débarque avec ce sourire de Joker flippant : il a les mots « prévoyance » ou « protection » à la bouche pour justifier ses intrusions perpétuelles dans nos vies. Mais, fondamentalement, l’Adulte a peur. Il flippe.
Les gris de la bureaucratie sont trop éteints pour avoir un peu de souffle dans la voix, mais ne nous trompons pas : ils emmerdent la jeunesse parce qu’ils veulent briser sa vitalité. C’est ce qui les fait bander : étouffer la vie pour ne plus être les seuls à glapir leurs derniers souffles dans leurs bureaux inutiles. Ils nous chient dessus : déni du travail informel des moins de 16 ans ; SMIC dérogatoire à 80 % pour les moins de 17 ans ; Parcoursup ; autorité parentale contraignante jusqu’à 18 ans ; ineptie statutaire du service civique qui est douze fois moins valorisé que le SMIC (par un montage inepte qui en fait une bourse et aucunement un salaire) ; inventivité prodigieuse dans les promesses à la…
Auteur: dev
