Au Proche-Orient, l’année 2023 débute dans la violence et fait craindre une escalade. Le 26 janvier, neuf Palestiniens meurent dans le camp de Jénine suite à un raid de l’armée israélienne présenté par Tsahal comme une opération visant à « briser l’insurrection naissante ». Le 27 janvier, le Hamas riposte avec des tirs de roquettes, auxquels l’armée israélienne réplique le jour même avec des frappes sur Gaza qui tuent au moins dix Palestiniens.
Plus tard dans la même journée, un Palestinien de 21 ans ouvre le feu près d’une synagogue à Jérusalem-Est. Il tue sept civils avant d’être abattu. Le lendemain, deux Israéliens sont blessés par un Palestinien de 13 ans dans une nouvelle fusillade à Jérusalem-Est.
Dans cette énième escalade de violence, un fait attire particulièrement l’attention : l’âge des assaillants palestiniens. À 21 ans et 13 ans, comment ont-ils pu en arriver là ? En Palestine, la nouvelle génération est encore plus désespérée que les précédentes. La jeunesse n’a plus d’espoir auquel se raccrocher : elle ne croit ni à une solution politique, ni à une quelconque façon d’obtenir une paix durable, ni à un soutien réel sur la scène internationale. Cette absence de perspectives est une explication majeure au fait que certains vont jusqu’à prendre les armes.
Absence d’espoir politique
Jadis, Yasser Arafat incarnait l’espoir aux yeux des Palestiniens. Ils admiraient leur leader et lui faisaient confiance pour trouver une solution politique au conflit avec Israël. Cette période est depuis longtemps révolue et la jeunesse palestinienne n’a plus aucun espoir politique.
En Palestine, les dernières élections datent de 2006. Le Hamas (parti islamiste qui prône la résistance armée) avait remporté les élections contre le Fatah (parti nationaliste laïque présidé par Mahmoud Abbas). Les élections s’étaient déroulées de manière démocratique et Abbas avait reconnu le leader du Hamas comme premier ministre.
Pourtant, les Américains et les Européens ont finalement refusé de reconnaître un gouvernement conduit par une entité considérée comme terroriste) et menacé de couper les aides. Depuis, la Palestine est paralysée et divisée politiquement. L’Autorité palestinienne administre, tant bien que mal, la Cisjordanie ; et le Hamas gère Gaza, une « prison à ciel ouvert ». Il arrive aux deux camps de violemment s’affronter entre eux.
Dans cette impasse politique, les jeunes Palestiniens entre 18 et 35 ans n’ont jamais voté. À leurs yeux, la classe politique est illégitime, l’Autorité palestinienne est une coquille vide, et il n’y a pas de solution politique en perspective. Mahmoud Abbas, qui à 87 ans préside l’AP depuis 17 ans, est perçu comme un leader autoritaire qui s’accroche au pouvoir et accusé d’immobilisme. Pour les jeunes, il est celui qui n’a rien fait pour mettre fin à la colonisation, aux privations de liberté, aux violations des droits de l’homme, et aux humiliations qu’ils subissent depuis leur naissance.
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La nouvelle génération s’est aussi lassée des partis politiques. Les jeunes ne font plus confiance au Fatah, fondé par Arafat, pour faire changer les choses. Pendant un temps, cela a donné un avantage au Hamas qui se présentait comme la véritable résistance face à Israël. Aujourd’hui, la nouvelle génération scande « ni Fatah, ni Hamas ».
La dernière lueur d’espoir politique s’est éteinte lorsque Mahmoud Abbas a annoncé l’annulation des législatives prévues le 22 mai 2021.
Absence d’espoir de négociations et de paix
En 1993, la signature des accords d’Oslo incarnait l’espoir d’une paix israélo-palestinienne. Aujourd’hui, les moins de 30 ans sont nés après la signature des accords, et les perspectives de paix se sont éloignées.
Dans l’ère post-Oslo, rien n’a encouragé la jeunesse palestinienne à croire aux négociations. Les accords prévoyaient une période transitoire de cinq ans qui devait permettre de résoudre les questions clés…
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Auteur: Marie Durrieu, Doctorante associée à l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire en science politique et relations internationales (CMH EA 4232-UCA), Université Clermont Auvergne (UCA)

