La jeunesse veut un avenir

Chers amis

Je vous salue depuis les locaux de l’Institut Tricontinental de Recherches sociales.

Ces deux dernières années, les jeunes sont descendus dans la rue aux quatre coins du monde. Du Kenya au Népal, de l’Indonésie aux Philippines, de Madagascar au Maroc, en passant par le Pérou, ils se révoltent et se mobilisent. Les journalistes parlent volontiers de soulèvements de la « Génération Z », comme s’il s’agissait d’un segment de marché. L’expression renvoie à la jeunesse des manifestants, à leur familiarité avec les plateformes numériques et à leur impatience à l’égard des institutions politiques établies. Elle masque cependant davantage qu’elle n’éclaire la réalité politique de notre époque.

Une génération n’est pas une classe : tous les jeunes ne partagent pas la même expérience socio-économique. De plus, chacun de ces soulèvements s’inscrit dans une histoire qui lui est propre. Ainsi, au Kenya, les manifestations de juin 2024 sont déclenchées par un projet de loi de finances qui entend faire peser le poids de la dette et de l’austérité sur les travailleurs, tandis qu’au Népal, c’est la corruption et l’ostentation des élites politiques qui mettent le feu aux poudres en septembre 2025 et déclenchent un mouvement qui s’intensifie quand le gouvernement tente de restreindre l’accès aux réseaux sociaux. Au Maroc, à la fin du même mois, les jeunes manifestent contre la dégradation des services publics de santé et d’éducation, alors que des sommes colossales consacrées aux préparatifs de la Coupe du monde de football de 2030. À Madagascar, toujours en septembre, les manifestations éclatent face aux difficultés d’accès à l’eau et à électricité. Au Pérou, en septembre et octobre 2025, la contestation vise à la fois la classe politique, le crime organisé et un système de retraite qui prélève l’argent des jeunes sans leur garantir la moindre sécurité. Ces…

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Auteur: Vijay PRASHAD