Le 23 avril, dans l’avion qui le ramenait d’Afrique, le pape Léon XIV a prononcé une phrase qui aurait pu passer pour un simple bon sens pastoral. Interrogé sur les bénédictions de couples de même sexe et les divisions qu’elles suscitent, il a répondu : « Je pense qu’il est très important de comprendre que l’unité ou les divisions dans l’Église ne devraient pas tourner autour des sujets de sexualité. Nous avons tendance à penser que lorsque l’Église parle de morale, la seule question est d’ordre sexuel. Or je crois qu’il existe des enjeux bien plus importants, comme la justice, l’égalité, la liberté des hommes et des femmes, la liberté de religion, qui devraient tous être priorisés avant ce sujet particulier. »
La déclaration a immédiatement été lue comme un geste pastoral – un appel à ne pas laisser les questions de sexualité fracturer l’unité de l’Église. Elle l’est certainement ; mais elle a aussi une dimension doctrinale qui le dépasse de loin. Ce que Léon XIV vient de faire, peut-être sans le savoir, c’est rouvrir une question que le catholicisme avait enfouie depuis le XVIIe siècle : celle de la hiérarchie des péchés. Et son histoire réserve une surprise : la focalisation du catholicisme sur la morale sexuelle n’est ni une constante ni un fait de tradition. C’est un déplacement historique daté.
Le sens d’une hiéarchie oubliée
Avortement, contraception, homosexualité, divorce sont les terrains sur lesquels les institutions catholiques ont livré leurs batailles les plus visibles depuis des décennies. Les témoignages de confesseurs signalent la place considérable de la masturbation dans l’espace de la pénitence. L’imagination morale de l’Eglise semble s’organiser autour du corps et de ses actes intimes. L’histoire de la théologie morale révèle cependant que cette organisation n’est pas immémoriale : avant le…
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