La lentille verte du Puy, un patrimoine en péril climatique

Vergezac et Saint-Jean-Lachalm (plateaux du Velay)

En sillonnant les routes de Haute-Loire, sous le soleil éclatant des hauts plateaux du Velay, on est sans cesse aguichés par l’un des nombreux panneaux appelant à faire un détour à la ferme pour acheter la célèbre lentille locale — c’est le « caviar du pauvre » ou la « reine des lentilles » assure-t-on. À 78 ans, Robert Chouvier cultive toujours la lentille verte du Puy sur son exploitation à Vergezac, à un quart d’heure du Puy-en-Velay, même si officiellement sa fille a repris le flambeau. Comme tous les producteurs de la région, la lentille n’occupe qu’une partie de son temps, à côté de l’élevage et des céréales. Mais lui, qui a été le premier président de l’Organisme de défense et de gestion de la lentille (ODG), de 2008 à 2012, a fait de la légumineuse une vocation. Depuis neuf ans, il est à la tête de la Verte confrérie de la lentille du Puy, dont l’objectif est de « défendre la tradition culinaire française dont la lentille verte est un fleuron ».

© Gaëlle Sutton/Reporterre

Mais depuis une petite décennie, le microclimat du Velay s’est mis à trahir les agriculteurs altiligériens. L’année 2021 est loin de faire exception. « Je n’ose pas le dire tellement c’est dramatique : on a fait un quintal par hectare, c’est du jamais vu », soupire Robert Chouvier. « Les rendements moyens ont été de 3 à 4 quintaux alors que pour une année normale, on est plutôt entre 10 et 20 », détaille Joël Batonnet, conseiller spécialisé à la chambre d’agriculture locale. Si cet été, la lentille a pâti d’un mois de juillet trop pluvieux, les mauvaises récoltes précédentes s’expliquaient par de grosses chaleurs estivales. « Ça fait deux trois années qu’on est dans le dur, les producteurs sont démoralisés, lâche Joël Batonnet. Avant, les saisons étaient respectées et la lentille trouvait son cycle, là on voit que ce n’est plus régulé comme avant. »

Robert Chouvier, grand maître de la Verte confrérie de la lentille du Puy.

« Si notre lentille est unique, c’est en raison tout à la fois du sol volcanique et du climat, assure Robert Chouvier en pointant sa carte géologique. On a un ensoleillement comparable à celui de Bordeaux alors que nous sommes à plus de mille mètres d’altitude. Les monts de la Margeride et du Vivarais protègent notre plateau des intempéries. » Un savant mélange qui accouche d’une lentille « à l’amande moins farineuse et à la peau plus fine »

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Auteur: Enzo Dubesset Reporterre

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